Anthropo-scènes

Poèmes en vrac sous embargo diplomatique

Poèmes guyanais

Le vent chaud 
Se faufile parmi les murailles de sable

Sur ma droite
Une jeep me déborde en dandinant
Pour esquiver les cavités 
du chemin orangé

Au loin
les guirlandes du bar
Ses jus de pastèques et brochettes de mérou
Chantent la nuit guyanaise

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Tambours dans la cité tropicale
Paillettes en friche
On avance en fanfare

Sueurs sur nos fronts
Dans la masse bariolée

En harmonie 
En arc-en-ciel

On se louvoie en haie d’honneur
Pour célébrer le carnaval

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Méfie-toi de la vie molle
De cette enveloppe
Qui te rattrape par le fleuve
Te submerge de fatigues lâches
Pour finir par te submerger
Et t’arrimer aux vents dissipés

Te voilà à la dérive
Loin de cette paix inavouée

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Poésies de terre rouge
De chemins filés vers l’inexploré, de soirées en bandoulière
et de sol foulé à la chair de peau

Poésies de terres libres et libérées
Où l’ultime se situe dans les moqueries de l’horizon
et la cadence des vagues

Où même le rire du pays s’effrite
Pour aller défier le monde épuisé 

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Après tout 
Ne sommes-nous pas
Le fracas océanique et ses rafales effrontées
Ne sommes-nous pas 
Le chant, les lèvres, le visage de l’eau
Ne somme nous pas
Ce qui tangue et surgit, ce qui émerge en furie
Ne sommes-nous pas
La mer, l’écume, l’océan ? 

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Dans nos pas de canopées
Sur un tapis de jungle
Parmi les lianes, les mouches et le vent qui transpire

Nous sommes traversés d’ailleurs
Les ilots au large jonglent sur l’horizon
Les singes s’élancent parmi l’inexploré 

Et nous œuvrons
Nomades des intimes échappées
A laisser cette vie foisonnante

Nous parcourir de tous côtés 

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Le vieux guyanais
A la barbe indomptée
Est effondré sur le trottoir

Sa tête taquine un tote-bag froissé
Ses ongles noirs débordent 
De ses babouches en plastique

Par à-coups
Il éructe 
Des bribes de désespoirs

Le vieux guyanais pleure la vie 
il crache les dieux
il pisse le sort

Le vieux guyanais 
Élimé par les chaleurs humides
Se moque du drapeau tricolore derrière lui
Se moque de la tour Eiffel dessinée sur son mur
Se moque de la France et de ses vertus de république

Non
Le vieux guyanais attend la mort

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Toi, l’homme aux mains froissées
Aux murailles qui défient tes paumes de braise

Toi, l’homme à la peau pelée
Aux joues pliées par les vagues et le large du vent

Toi l’homme aux rides chaloupées
Traversées par ces années traînées au sol

Toi, l’homme des périples déchirés
N’as-tu donc aucuns regrets? 

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Le moteur râle sur le fleuve brun
Crachant son écume 
Sur ces balises 
qui vivotent comme un métronome
et indiquent le grand large

Le soleil, lui, perce le voile de gris
Qui abrite notre chemin

Ni la houle
Ni les vagues 

Qui viennent se couper en tranches sur le pont
N’intimident le ferry 

Cap vers l’île du Diable 

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Les palmiers usés
Fouettés par le vent

Sur cette île fourmi
infime et esseulée 
gribouillée des cartes

Ici les sous-bois susurrent 
au rythme des courants

Et les années 
se fondent dans les palmiers

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On a empilé

les taulards
bagnards
camés et craqués
pouilleux et rebelles

On les a étriqués
dans des pierres sans visages
dans des barreaux oubliés

Comme si la crasse, la dengue et les moustiques
Comme si la torpeur des îles éteintes 
Comme si cette cellule fouettée par les âges et les marées

Comme si tout ça enroberait d’aube 
Nos échecs inavoués

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Le bateau fuse sur l’eau blanchit par le soleil
Il file droit
comme sur l’un de ces tapis glissants qui permettent de passer d’un terminal à l’autre dans les aéroports

Les touristes sont rassasiés
leurs visages sont rougis
étirés par le manque de crème soleil
les caméras pullulent de photos 
de tout et de rien
qu’ils ne regarderont plus

Les clients fatigués 
reviennent au continent

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