Le vent chaud
Se faufile parmi les murailles de sable
Sur ma droite
Une jeep me déborde en dandinant
Pour esquiver les cavités
du chemin orangé
Au loin
les guirlandes du bar
Ses jus de pastèques et brochettes de mérou
Chantent la nuit guyanaise
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Tambours dans la cité tropicale
Paillettes en friche
On avance en fanfare
Sueurs sur nos fronts
Dans la masse bariolée
En harmonie
En arc-en-ciel
On se louvoie en haie d’honneur
Pour célébrer le carnaval
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Méfie-toi de la vie molle
De cette enveloppe
Qui te rattrape par le fleuve
Te submerge de fatigues lâches
Pour finir par te submerger
Et t’arrimer aux vents dissipés
Te voilà à la dérive
Loin de cette paix inavouée
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Poésies de terre rouge
De chemins filés vers l’inexploré, de soirées en bandoulière
et de sol foulé à la chair de peau
Poésies de terres libres et libérées
Où l’ultime se situe dans les moqueries de l’horizon
et la cadence des vagues
Où même le rire du pays s’effrite
Pour aller défier le monde épuisé
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Après tout
Ne sommes-nous pas
Le fracas océanique et ses rafales effrontées
Ne sommes-nous pas
Le chant, les lèvres, le visage de l’eau
Ne somme nous pas
Ce qui tangue et surgit, ce qui émerge en furie
Ne sommes-nous pas
La mer, l’écume, l’océan ?
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Dans nos pas de canopées
Sur un tapis de jungle
Parmi les lianes, les mouches et le vent qui transpire
Nous sommes traversés d’ailleurs
Les ilots au large jonglent sur l’horizon
Les singes s’élancent parmi l’inexploré
Et nous œuvrons
Nomades des intimes échappées
A laisser cette vie foisonnante
Nous parcourir de tous côtés
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Le vieux guyanais
A la barbe indomptée
Est effondré sur le trottoir
Sa tête taquine un tote-bag froissé
Ses ongles noirs débordent
De ses babouches en plastique
Par à-coups
Il éructe
Des bribes de désespoirs
Le vieux guyanais pleure la vie
il crache les dieux
il pisse le sort
Le vieux guyanais
Élimé par les chaleurs humides
Se moque du drapeau tricolore derrière lui
Se moque de la tour Eiffel dessinée sur son mur
Se moque de la France et de ses vertus de république
Non
Le vieux guyanais attend la mort
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Toi, l’homme aux mains froissées
Aux murailles qui défient tes paumes de braise
Toi, l’homme à la peau pelée
Aux joues pliées par les vagues et le large du vent
Toi l’homme aux rides chaloupées
Traversées par ces années traînées au sol
Toi, l’homme des périples déchirés
N’as-tu donc aucuns regrets?
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Le moteur râle sur le fleuve brun
Crachant son écume
Sur ces balises
qui vivotent comme un métronome
et indiquent le grand large
Le soleil, lui, perce le voile de gris
Qui abrite notre chemin
Ni la houle
Ni les vagues
Qui viennent se couper en tranches sur le pont
N’intimident le ferry
Cap vers l’île du Diable
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Les palmiers usés
Fouettés par le vent
Sur cette île fourmi
infime et esseulée
gribouillée des cartes
Ici les sous-bois susurrent
au rythme des courants
Et les années
se fondent dans les palmiers
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On a empilé
les taulards
bagnards
camés et craqués
pouilleux et rebelles
On les a étriqués
dans des pierres sans visages
dans des barreaux oubliés
Comme si la crasse, la dengue et les moustiques
Comme si la torpeur des îles éteintes
Comme si cette cellule fouettée par les âges et les marées
Comme si tout ça enroberait d’aube
Nos échecs inavoués
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Le bateau fuse sur l’eau blanchit par le soleil
Il file droit
comme sur l’un de ces tapis glissants qui permettent de passer d’un terminal à l’autre dans les aéroports
Les touristes sont rassasiés
leurs visages sont rougis
étirés par le manque de crème soleil
les caméras pullulent de photos
de tout et de rien
qu’ils ne regarderont plus
Les clients fatigués
reviennent au continent
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