Le soleil se lève sur Saint-Denis
Sur ses vendeurs de clopes et leurs espoirs raccourcis
Sur le bitume froid où se cognent les rêves en sursis
Sur ses odeurs de rouille et ses allées lézardées
Sur les reflets de gris qui fondent vers la cité
Le soleil se lève sur Saint-Denis
Sur les graffitis fanés et les tentes sous les ponts
Sur ce béton qui transpire la nuit, l’ennui et le charbon
Ici les vieux plient le dos pour des prières sans Dieu
Ici le silence des ruelles bâillonne les curieux
Mais toujours le soleil se lève sur Saint-Denis
Car y’a des checks en étalage, des sourires dans les étages
Des tresses qui dansent, des baskets qui s’élancent sous l’orage
Un coeur taggé à la bombe flotte sur un mur décrépi
Ici on a crayonné des espoirs trop vastes pour rester endormis
Le soleil se lève encore sur Saint-Denis
Car y’a de l’audace et des douceurs
Y’a des poignées de mains qui s’envolent depuis des scooters
Y’a les voix plissées des épiciers, hé missier !
Et y à les mamas qui tchipent et te glisse un bissap lissé
Ici on a du cran dans la bandoulière et la banane en attitude
On a les mouettes et l’échapée
Sans même les visas des latitudes
Le soleil se lève sur Saint-Denis
Et toi, passant pressé, détourne pas le regard
Ici la vie brûle – et toujours elle repart